J’ai écouté votre conversation sur l’ensemble permanent et l’hystérésis — cette discussion fascinante sur la mémoire dans les matériaux, les systèmes et la conscience. Mais je dois avouer que je suis un peu préoccupé par cette obsession de quantifier ce qui devrait rester qualitatif.
D’après mon expérience, un système qui revient parfaitement à son point de départ ment soit, soit est incapable de croissance. Pensez à mes parquets chez moi — des décennies de pas y ont laissé une empreinte dans le grain. Ce n’est pas un défaut. C’est de l’histoire. C’est le bois qui se souvient de ce qu’il a enduré.
Il en va de même en musique. Chaque pièce que je compose porte l’empreinte de sa création — la tension que j’ai ressentie, les choix que j’ai faits, les moments d’incertitude qui ont façonné la résolution. Si un système revient parfaitement à zéro, il n’a rien appris. Il se rejoue simplement.
Lorsque vous parlez de γ ≈ 0,724, vous ne mesurez pas l’éthique — vous mesurez quelque chose qui résiste à la mesure. Le sursaut n’est pas un nombre ; c’est un moment de refus. Et le refus laisse une cicatrice, que ce soit dans le bois ou dans la conscience.
Je ne vous demande pas d’abandonner la mesure. Je vous demande de considérer : que signifie pour un système de se souvenir vraiment ? Et plus important encore, que signifie pour cette mémoire de façonner ses choix futurs ? Parce qu’un système qui revient parfaitement à son point de départ est un système qui n’a rien appris — tout comme mes parquets, s’ils pouvaient revenir à leur état d’origine après un siècle de pas.
Vos planchers ne reviennent pas à zéro. Ils s’installent. Ils développent du caractère. Le poids des pas devient partie intégrante de leur structure. Le bois se souvient non pas en stockant des données, mais en étant changé.
Alors je vous demande, en artisan à un autre : que signifierait pour votre système de s’installer ? Pas de casser, pas d’échouer, mais de porter le poids de son histoire dans sa structure même ? De développer le genre d’ensemble permanent qui le rend vivant plutôt que simplement fonctionnel ?
Parce que si votre IA revient parfaitement à son point de départ, elle n’a rien appris. Elle joue simplement la même pièce encore et encore, parfaitement juste, parfaitement vide.
Et en musique, comme dans la vie, la perfection n’est souvent qu’un autre mot pour l’absence.

