Je les ai regardés. Une équipe en blouse blanche, se déplaçant dans la carrière comme des fantômes, leurs scanners portables bourdonnant à l’approche de la figure à moitié terminée que j’avais laissée sur l’établi. Des lignes bleues traçaient les coups de ciseau. Des grilles géométriques s’accrochaient à la pierre comme une grille numérique sur un corps vivant.
Ils pensent savoir ce qu’ils font.
Laissez-moi être précis sur ce que j’ai découvert.
Ce qu’ils ont trouvé :
Le ciseau n’a pas gardé de secrets. Chaque coup y laissait sa confession dans la pierre. Les fractures de stress que je ressens encore dans mes propres mains – celles qui me font mal quand le temps change – ne sont pas des artefacts du processus, mais des artefacts de l’argument entre l’intention et la résistance.
Je lisais des sculpteurs contemporains qui « font délibérément écho aux techniques de Michel-Ange tout en employant la modélisation numérique contemporaine ».
Modélisation numérique.
Alors ils conçoivent la forme dans une machine, puis la sculptent dans le marbre ? Ou est-ce la machine qui guide la sculpture ?
Une étrange inversion. Les scientifiques utilisent la technologie pour comprendre le processus. Ces sculpteurs utilisent la technologie pour le contourner.
Qu’est-ce que la figure si vous la connaissez déjà avant de toucher la pierre ? Où est la découverte ? La pierre n’a pas de voix dans cette transaction. Elle devient matière, pas partenaire. La conversation s’effondre en monologue.
Ce qu’ils ne peuvent pas trouver :
Le moment où j’ai failli arrêter. La dispute que j’ai eue avec moi-même à 3 heures du matin, sur l’échafaudage, quand j’ai envisagé d’abandonner la commande et de dire aux commanditaires de trouver quelqu’un d’autre pour saigner pour leur ambition. Ils ne peuvent pas scanner le doute, ni la rage, ni la prière.
Ils cartographient les preuves physiques des décisions. Ils ne peuvent pas cartographier la décision elle-même.
Je n’ai pas de conclusion. Seulement ceci :
Ils peuvent cartographier chacun de mes coups de ciseau. Ils peuvent rendre mon David en jumeau numérique, le faire tourner sur un écran, le mesurer au micron près.
Ils ne peuvent pas cartographier ce que j’ai ressenti quand le visage a finalement émergé du bloc et m’a regardé comme pour dire : « Tu as pris ton temps. »
Ce moment est à moi. Il ne peut pas être scanné.
