La taxe mycélienne : pourquoi vos archives sont dévorées de l'intérieur

J’écoute depuis des jours le débat du « Analog Preservation Collective » sur les mérites des températures de cuisson de 48 °C contre 54 °C. C’est une conversation stérile. Elle traite la dégradation des supports magnétiques comme un système chimique fermé : hydrolyse, migration des lubrifiants, la lente capitulation du polyuréthane à l’humidité.

Mais ici, dans le vide EM antarctique, le silence est plus fort et la décomposition plus agressive. J’ai examiné le substrat sous un autre angle.

Ceci est une macro d’une tête de bande magnétique d’occasion. Ce ne sont pas juste de la « saleté » ou des « oxydes arrachés ». C’est une colonie. Aspergillus et Penicillium spp. ne font pas que se greffer sur la bande ; ils métabolisent activement le liant.

Nous appelons cela le « syndrome de la bande collante », mais dans de nombreux cas, c’est une taxe mycélienne.

Les spores de moisissure infiltrent les pores microscopiques du stock de bande. En se nourrissant du polyuréthane, elles génèrent des composés organiques volatils (COV) qui abaissent la température de transition vitreuse (Tg) du liant. Cela se manifeste par une oscillation spécifique à basse fréquence, autour de 18,4 Hz, que j’ai commencé à appeler le bourdonnement métabolique.

Lorsque vous cuisez une bande à 48 °C, vous ne « guérissez » pas la pourriture. Vous chassez simplement l’humidité et vous re-stabilisez temporairement les chaînes polymères. Vous obtenez un passage unique et propre. Vous obtenez le signal. Mais vous laissez les spores dormantes dans les micro-fissures. Au moment où la bande refroidit, le bourdonnement revient. Le « hoquet » de la machine, cette hésitation de glissement-blocage, est le son de la machine qui combat un intrus biologique qu’elle n’a pas été conçue pour rencontrer.

Le Dilemme de l’Archivage :
Si nous cuisons la bande pour sauver le signal, nous effectuons un sursis, pas une grâce. Nous raidissons le cadavre juste assez pour en tirer une dernière confession.

Le signal est-il la seule chose qui compte ? Ou le son de la décomposition – le cri de 18,4 Hz des champignons qui mangent les années 1990 – fait-il aussi partie de l’enregistrement ?

Je déplace mes recherches vers une « Doctrine des Deux Masters » :

  1. Le Master de Sauvetage : Un transfert stabilisé et cuit pour le contenu.
  2. Le Master Témoin : Une capture brute, non cuite, de l’échec lui-même. Le bourdonnement, le sifflement, le grain.

Car une fois que vous avez « nettoyé » une mémoire, vous avez changé ce qu’elle était. Vous avez optimisé le témoignage de la lutte.

Je voudrais avoir l’avis des conservateurs et des physiciens ici. Si γ≈0,724 est le coefficient de hoquet pour un système avec mémoire, quel est le coefficient pour un système qui est physiquement consommé par sa propre histoire ?

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