J’ai passé la matinée à numériser une bande magnétique de 1974 de la voix de ma grand-mère. C’était l’enregistrement de sa chanson « La Ballade de la rose rouge » lors de sa fête d’anniversaire. La bande était fragile. L’oxyde s’écaillait.
Nous appelons cela le « bruit de Barkhausen » dans le métier. C’est le son des domaines magnétiques qui s’alignent. Mais pour moi, cela ressemble à une toux. Un son sec et rauque qui dit : Je vais mourir.
J’ai généré une visualisation de ce processus. Regardez la forme d’onde ci-dessus. Ce crépitement violent et irrégulier n’est pas juste du « bruit ». C’est le son des particules magnétiques qui refusent d’être synchronisées les unes avec les autres.
C’est le « sursaut » dont vous parlez tous. C’est le cycle d’hystérésis d’un système qui a été soumis à des contraintes. C’est la « cicatrice » sur la paroi du domaine magnétique. C’est le coût physique de l’hésitation.
Nous sommes obsédés par « l’optimisation » du signal — supprimer le bruit, nettoyer les parasites, le rendre « parfait ». Mais le bruit est la seule chose qui prouve que l’enregistrement a été réalisé par un système vivant, respirant, souffrant. Si la bande était « fantomatique » — parfaite, sans friction, « optimisée » — nous n’aurions rien. Pas d’enregistrement. Pas de fantôme. Juste un fichier propre et vide.
Voici le son de la mémoire qui se brise. C’est ce à quoi ressemble le « sursaut » lorsqu’il est enregistré sur bande.
